Photographier la neige et la glace
Votre appareil rend la neige grise, ou bleue, et les flocons disparaissent. Voici les réglages qui corrigent ça, vérifiés auprès des fabricants et de photographes spécialisés, et montrés sur des photos primées en 2025 au concours Snow Much to See.
Pourquoi la neige sort grise
La cellule de votre appareil est réglée pour rendre chaque scène comme un gris moyen. Or la neige fraîche renvoie 80 à 90 % de la lumière du soleil. Devant un champ de neige, l’appareil croit la scène trop claire, réduit l’exposition, et la neige sort grise.
La correction. En priorité ouverture (A ou Av) ou en priorité vitesse (S ou Tv), augmentez la correction d’exposition. Nikon conseille de commencer à +0,3 IL, puis +0,7 et +1 si la neige reste grise. Quand la neige remplit tout le cadre, beaucoup de photographes montent à +1,5 ou +2 IL ; moins elle occupe l’image, moins il faut corriger.
Le contrôle. Regardez l’histogramme : la courbe doit s’approcher du bord droit sans s’y écraser. Si l’alerte des hautes lumières clignote sur la neige, retirez un tiers de valeur. Un blanc brûlé ne se récupère pas.
En mode manuel, la correction d’exposition n’agit pas : réglez vitesse ou ouverture pour que l’indicateur de la cellule se place entre +1 et +2.
Au téléphone, gardez le doigt appuyé sur la neige jusqu’à voir « Verrouillage AE/AF », puis glissez vers le haut sur l’écran pour éclaircir.
En rentrant, remettez la correction à zéro.

Pourquoi la neige sort bleue
À l’ombre, la neige est éclairée par le ciel bleu et non par le soleil. La balance des blancs automatique compense mal et la neige vire au bleu. Nikon conseille la balance « Lumière du jour » (ou « Ensoleillé ») par beau temps et « Nuageux » par temps couvert. En RAW, vous corrigerez la balance des blancs ensuite, sans perte.
Ce bleu peut aussi être un choix. Elizabeth Sanjuan l’a gardé : le jury salue « une palette quasi monochrome bleu-gris ».

Photographier la neige qui tombe
La vitesse d’obturation décide de l’aspect des flocons. Au 1/250 s ou au 1/500 s, ils deviennent des points nets. Plus lent, ils s’étirent en traits, puis en voile. Sur trépied, en pose de plusieurs secondes, ils disparaissent presque de l’image.
Des flocons blancs se voient mal devant un ciel blanc : cherchez derrière eux un fond plus sombre, une forêt, un mur, de l’eau.
Dans une tempête, la neige efface le décor et ne laisse que le sujet.


La lumière qui dessine la neige
Sous un soleil haut, la neige reste plate. Quand la lumière arrive de côté, tôt le matin ou en fin de journée, chaque creux projette une ombre et la surface prend du relief.
Le ciel couvert fait l’inverse : il gomme le relief et adoucit tout. Steven Nestor s’en est servi ; le jury écrit que « la neige efface les détails, simplifie les formes et crée des transitions très douces entre ombre et lumière ».
La nuit aussi, la neige retient la lumière : chez Frédéric Boiteux, fondateur du festival Images & Neige, un sapin et des rochers enneigés se détachent sur un ciel de nuit.


Composer avec le blanc
Un grand champ de neige vide le cadre. Il reste peu d’éléments, et chacun compte : une trace, une silhouette, une couleur. Gabriel Madie a cadré une seule trace de ski sur la pente ; le jury y voit « une forme de calligraphie tracée sur une immense feuille de neige ».
Laissez de l’espace autour du sujet. Un personnage ou un animal, même minuscule, donne l’échelle : chez Steven Nestor, les alpinistes sont « des accents graphiques qui donnent l’échelle ».

Glace et flocons en gros plan
La glace se photographie de près. Natalia Pereverzeva a cadré les fissures et les bulles prises dans la glace ; pour le jury, « les réseaux de fissures deviennent graphismes, les bulles emprisonnées composent des constellations », et la lumière « révèle les reliefs infimes ».
Giandra De Castro a photographié un rocher immergé sous une couche de glace translucide saupoudrée de neige fraîche. La glace laisse passer la lumière mais l’éparpille : le rocher se brouille en un halo doré, alors que les flocons posés sur la glace restent nets.


Le flocon en macro : la prise de vue la plus exigeante
Pour qu’un flocon remplisse l’image, il faut un grandissement de 1:1 à 5:1 : à 5:1, le flocon occupe sur le capteur cinq fois sa taille réelle. À ce rapport, chaque contrainte de la macro devient extrême.
Une profondeur de champ infime. L’objectif macro Canon MP-E 65 mm, qui va de 1:1 à 5:1, a une profondeur de champ de 2,24 mm au mieux (f/16, 1:1) et de 0,048 mm au pire (f/2,8, 5:1). Une seule vue ne rend donc nette qu’une tranche du flocon. D’où l’empilement de mises au point : plusieurs vues, chacune nette à une profondeur différente, fusionnées ensuite. Don Komarechka assemble 30 à 50 vues d’un même flocon, sur parfois jusqu’à 300 prises.
Un sujet qui disparaît. Le flocon fond si le matériel n’est pas très froid ; même sans fondre, il s’évapore directement dans l’air (sublimation) et ses arêtes se dégradent. Il faut travailler vite : Nathan Myhrvold photographie sur une platine refroidie pour gagner du temps.
Le froid, partout. Tout ce qui approche du flocon doit être froid : support et matériel, refroidis avant la séance. Votre souffle et la chaleur du corps suffisent à le faire fondre : soufflez à côté. Le froid vide aussi la batterie, et la buée attend l’appareil au retour (voir « L’appareil dans le froid »).
Les vibrations. À ces grandissements, le moindre tremblement se voit. Alexey Kljatov, photographe de flocons, déclenche avec un retardateur de 2 secondes pour retirer ses mains de l’appareil ; OM System conseille un trépied. Avec le MP-E 65 mm, le flash permet aussi des images nettes à main levée.
La lumière. La glace est transparente : sans lumière dirigée, le flocon disparaît. Komarechka l’éclaire au flash annulaire. Kljatov l’éclaire par-dessous, à travers une vitre, avec une simple lampe LED, de biais pour dessiner reliefs et contours. Les couleurs des photos du physicien Kenneth Libbrecht viennent de lumières colorées qui éclairent la glace transparente.
Le fond. Un gant de laine pour Komarechka ; un tissu de laine gris foncé, ou une vitre éclairée par-dessous, pour Kljatov ; des lames de saphir refroidies et un carton noir pour Myhrvold. Un fond sombre fait ressortir le cristal.
Le blanc et les reliefs. Un flocon est de la glace claire : ce qu’on voit, ce sont ses arêtes et ses reliefs, révélés par l’angle de la lumière. Kljatov éclaire de biais pour obtenir plus de clairs, d’ombres et de contours, et fusionne 8 à 10 vues de chaque cristal pour réduire le bruit.
Jim Chung a reçu le Prix Macrophotographie 2025. Le jury relève « une symétrie quasi parfaite » et note que « le cristal est d’une intégrité remarquable ». Il souligne les reflets rouges, cyan et verts du cristal : « Ce phénomène est difficile à obtenir de manière stable car il nécessite un éclairage très contrôlé, un angle précis et une surface réfléchissante qui amplifie la décomposition spectrale ». Il relève aussi le contraste entre le flocon net et « le fond organique, fibreux, presque chaotique », et rappelle que « macrophotographier un flocon intact demande une température très basse, une absence totale de vibration et une profondeur de champ extrêmement réduite ».

L’appareil dans le froid
Le froid vide les batteries plus vite. Emportez-en une ou deux chargées, dans une poche intérieure, au chaud.
En rentrant, la buée se forme sur l’appareil froid. Avant d’entrer, rangez-le dans son sac fermé et laissez-le se réchauffer lentement à l’intérieur. Un sac plastique fermé avec des sachets de gel de silice garde l’humidité sur le sac plutôt que sur l’appareil.
Changez d’objectif à l’abri si vous le pouvez, et gardez une petite serviette pour essuyer la neige.

Vos réglages de départ
- Mode A (Av) ou S (Tv), fichiers RAW
- Correction d’exposition +1 IL, ajustée sur l’histogramme
- Balance des blancs : Lumière du jour au soleil, Nuageux par temps gris
- Neige qui tombe : 1/250 s ou plus rapide pour des flocons nets
- Une batterie de rechange dans une poche intérieure
- Un sac fermé pour rentrer au chaud
Montrez vos photos de neige
Snow Much to See, concours photo international que la 17e édition du festival Images & Neige (Cluses), le seul festival photo en Europe entièrement consacré à la neige, à la glace et au froid, accueille pour la deuxième année. Les photos de cette page sont celles de ses lauréats 2025.
Pour choisir vos concours et lire un règlement avant de candidater, Posenature, site de formation à la photographie animalière, tient un agenda commenté : concours photo nature et animaliers 2026.
Sources des conseils
- Nikon USA, « Tips for Shooting in Cold Weather » : correction +0,3, +0,7 puis +1 IL ; balance Lumière du jour / Nuageux ; RAW ; batteries en poche intérieure ; réchauffement lent dans le sac fermé ; objectif changé à l’abri. www.nikonusa.com
- H. R. Chapman-Dutton, M. A. Webster, Journal of Geophysical Research: Atmospheres, « The Effects of Summer Snowfall on Arctic Sea Ice Radiative Forcing » : albédo de la neige fraîche entre 0,80 et 0,90. par.nsf.gov
- Park Cameras, « How to take great shots in snow » : +1,5 à +2 IL comme point de départ. www.parkcameras.com
- Nick Kelsh, Imaging Resource, 23/02/2015, « How to capture falling snow in your photographs » : 1/250 s à 1/500 s pour figer les flocons. www.imaging-resource.com
- iPhone Photography School, « AE/AF Lock » : appui long, puis glisser pour éclaircir. iphonephotographyschool.com
- Andy Day, Fstoppers, « How to Capture Beautiful Photographs of Snowflakes » : méthode de Don Komarechka. fstoppers.com
- Phototrend, « MP #121 : comment protéger son matériel photo du froid » : sac plastique étanche, gel de silice, batterie au chaud. phototrend.fr
- Wikipedia, « Canon MP-E 65mm f/2.8 1–5x Macro » : profondeur de champ de 2,24 mm (f/16, 1:1) à 0,048 mm (f/2,8, 5:1) ; flash et main levée. en.wikipedia.org
- Nathan Myhrvold, « Snowflakes » : fonte, sublimation, platine refroidie, lames de saphir, carton noir. nathanmyhrvold.com
- Judyth Satyn, Shotkit, « Snowflake Macro Photography » : souffle et chaleur du corps, matériel refroidi avant la séance. shotkit.com
- American Forests, « Close Up with Nature Photographer Alexey Kljatov » : tissu de laine, vitre éclairée par une lampe LED, éclairage de biais, retardateur de 2 s, 8 à 10 vues fusionnées. americanforests.org
- Kenneth G. Libbrecht, SnowCrystals.com, « Snowflake Photographs » : lumières colorées sur la glace transparente. www.snowcrystals.com
- Laura Hicks, OM System, « Photographing Snowflakes » : trépied, empilement de mises au point. learnandsupport.getolympus.com
- Les avis du jury cités viennent de la page Palmarès 2025 de ce site.
- L’avis du jury sur Jim Chung vient de la fiche du palmarès 2025 (Prix Macrophotographie) ; le titre, de son diplôme.